AZ-5

AZ-5 c’est un bouton, rouge et rond, une solution de la dernière chance, un arrêt d’urgence.

Si le cœur s’emballe il est sensé stopper un processus fulgurant qui mènerait à l’apocalypse.

On n’y touche jamais, il est encore neuf, protégé, bien gardé. Il existe pour sauver le monde, au cas où, mais il ne servira jamais car si il est actionné c’est que la situation est déjà désespérée. Alors on fait semblant, un exercice qui ne se termine pas, on imagine qu’il fonctionne et qu’il nous protège, au cas où…

 

Ce soir là AZ-5 a eu son heure de gloire mais il avait tellement attendu que sa fonction avait muté, le sauveur s’est transformé en détonateur irradiant la planète d’un nuage mortifère qui terrorise encore l’humanité. La rébellion d’un bouton, rouge et rond, un petit bout de plastique moulé raccordé à deux fils a eu le pouvoir soudain de changer l’avenir du monde.

 

Il y’avait un pont en fer avec des humains vivants, une tribune idéale pour un feu d’artifice, des enfants curieux, des berceaux, des adultes naïfs, spectateurs d’un fait divers, d’un incendie, d’un maléfice.

Cette nuit du 26 avril 1986, la neige brune est tombée sur Prypiat, le pont lui, est encore debout.

 

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Jonathan Mathis et Tommy Rizzitelli ont des comptes à rendre avec le néant.

Leur musique est nourrie du vide et du vertige. L’un pilote le plus ancien des ordinateurs mécaniques tandis que l’autre aiguille des oscillateurs vers des portes spatiales.

Cette rencontre instrumentale est une faille spatio-temporelle car jamais un Orgue mécanique et un Moog n’auraient du se rencontrer. Ils appartiennent à deux mondes, deux époques, deux réalités. Chacun de ces deux instruments est responsable d’une une avancée technologique notoire allant de la programmation musicale à la synthèse sonore.

 

AZ-5 est une expérience chimique et dangereuse, une histoire de laborantins explorateurs de formules musicales encore jamais éprouvées. Le langage binaire entre en communication avec l’analogique et les compositions originales de ces deux chercheurs ne ressemblent à rien.